Camille Collewette, d’hôtesse d’accueil à consultante en financement de l’innovation

« Je me suis dit non, je dois faire ce que veux vraiment, en fonction d’où je me vois dans 5 ans »

 

Storytelling en podcast avec Camille Collewette. Camille, jeune femme d’à peine 23 ans, a déjà eu plusieurs vies professionnelles. Elle est actuellement consultante en financement de l’innovation dans le sud de la France. Elle accompagne les entrepreneurs et les start-ups dans la recherche de financement de leur projet de recherche ou d’innovation. Tous les 2-3 ans, elle a dû suivre sa famille au gré des affectations de son père. Une réalité pas si facile quand on est adolescente (il faut se refaire des amis, s’adapter à un nouvel environnement, etc.) Mais, cette jeunesse “déracinée” a développé chez Camille une belle capacité d’adaptation.

 

Storytelling podcast - podcast Les Divergents _ Camille Collewette

 

Mon interview de Camille Collewette en storytelling – podcast
(cliquez sur le lecteur audio ci-dessous) :

 

 

Découvrez le récit biographique de Camille (version écrite et résumée) :

 

Il y a deux grands types de profils dans le monde du travail. Ceux qui se plaignent de leur situation mais ne font rien pour l’améliorer et qui jalousent les autres. Donc les velléitaires (je ne les blâme pas, car j’en ai fait partie!). Et il y a ceux qui ont de la ressource et trouvent toujours une opportunité.

Parmi cette deuxième catégorie, on trouve Camille. Cette jeune femme d’à peine 23 ans a déjà eu plusieurs expériences professionnelles, à l’heure où d’autres gens de son âge se demandent encore ce qu’ils pourront bien faire de leur vie.

 

Camille vit dans la région de Montpellier. Elle est consultante en financement de l’innovation. Je l’ai connue par la magie des réseaux sociaux. Et oui, j’avais publié un post sur les difficultés d’accès du marché de l’emploi français pour les profils atypiques. La réponse de Camille avait retenu mon attention. Elle y expliquait qu’elle travaillait depuis l’âge de 16 ans. Elle avait changé de job tous les 2-3 ans sans difficulté.

 

Je voulais en savoir plus sur cette jeune fille. Comment faisait-elle pour rebondir aussi facilement ?

C’est pourquoi je lui ai proposé ce storytelling en podcast  pour Les Divergents. Nous avons fait ça par téléphone, vu l’éloignement géographique, grâce à mon studio mobile, à l’heure de la pause déjeuner. Et j’ai appris beaucoup de choses…

 

Les Divergents : Bonjour Camille, je t’interviewe alors que tu es dans tes bureaux. Explique-nous ton métier de consultante en financement de l’innovation.

Camille Collewette : « J’accompagne les entrepreneurs et les start-ups dans leur recherche de financement de leur projet d’innovation ou de recherche. J’interviens aussi dans le montage de dossier. Je suis en CDI depuis bientôt trois ans (NDLR : l’interview s’est déroulée en novembre 2018). C’est un métier qui me permet d’aborder des projets différents tous les jours et de participer indirectement à leur réussite. »

Les Divergents : Dis-nous en plus, car ton histoire va intéresser pas mal de gens qui nous écoutent, qui peuvent avoir envie de créer leur propre entreprise.

– « Après une première prise de contact, on fait un premier audit de la situation, où nous étudions les facteurs clefs qui peuvent déboucher sur une subvention. Ensuite, on établit les pistes de financements intéressantes. Dès qu’on les a identifiées, on les présente au porteur de projet et nous voyons ensemble comment nous pouvons travailler. »

Les Divergents : Y a-t-il des profils de projets plus recherchés, qui facilitent donc l’accès au financement ?

– « En fait, ça dépend de chaque région. Chacune a son pôle de financement et ses propres stratégies. En général, les projets retenus visent des entreprises de moins de trois ans, ou des entreprises assez matures avec des projets d’exportation, d’innovation, impliquant des recherches dans les laboratoires. Des régions défendent des projets plus artisanaux pour préserver la culture. En fait, on ne finance pas, on recherche des pistes. Pour vulgariser, nous agissons un peu comme des courtiers. »

Les Divergents : En préparant ce storytelling en podcast, tu m’as expliqué que tu travaillais depuis l’âge de 16 ans… Ce qui reste rare.

– « J’ai toujours voulu être indépendante financièrement de mes parents. Quand j’avais 16 ans, j’habitais en Guyane. Les activités coûtaient cher. Mes parents n’avaient pas forcément les moyens de m’acheter les choses qui me faisaient plaisir.

 

Je suis retournée en France pour passer le bac. Mais ce fut une période plus compliquée émotionnellement.

 

J’ai commencé à travailler dans un cyber café comme hôtesse d’accueil, où je suis restée deux ans et demi. J’étais encore en lycée. Je me suis orientée en bac S, sur les conseils de mes parents. Je suis retournée en France pour passer le bac. Mais ce fut une période plus compliquée émotionnellement. Plus le même rythme de travail, devoir rencontrer des personnes différentes.

En fait je suis fille de militaire. Je devais suivre la famille au fil des affectations, environ tous les 2-3 ans. (…) Ce qui a toujours été difficile parce qu’à chaque fois, je mettais un an à m’adapter à ce nouveau lieu. La 2e année ça allait bien. Et la 3e année, il fallait repartir ! En même temps, ça m’a permis de développer une faculté d’adaptation. »

Les Divergents : Ce qui a forgé un tempérament d’une femme qui n’a pas peur d’aller de l’avant, de prendre des risques. Est-ce que je me trompe ?

– « En apparence, oui. Mais dans la réalité, non. Je suis quelqu’un qui se remet beaucoup en question, qui étudie toujours le pour et le contre. Pour chaque changement de situation, je réfléchis longuement avant de me lancer. »

Les Divergents : Du coup, qu’est-ce qui va faire que tu vas te lancer –ou pas- dans un nouveau défi ?

– « ça va être le goût du challenge. C’est-à-dire déterminer où sont mes limites et comment aller au-delà. En fonction de l’opportunité qui se présente, je vais évaluer le pour et le contre. Je me dis alors : “Là, il faut te lancer, tu peux passer à côté de quelque chose, tu as toutes les clés pour réussir”. Et les “contre” peuvent finalement être surmontés, étant des faux problèmes. »

Les Divergents : Tu procèdes comment ? De façon classique, tu prends une feuille blanche avec une colonne “pour” et une colonne “contre” ?

– « Oui, tout simplement, je prends une feuille en papier. Ou un fichier Word. Je surligne les faux problèmes, les “pour” aussi. Pour montrer visuellement qu’il y a plus de “pour” que de “contre”, ou surtout de faux problèmes. Est-ce que ça va impliquer un déménagement ? Est-ce que ça va baisser mon train de vie quotidien ? Est-ce que ça vaut vraiment le coup ? Tous ces types de questions qui peuvent avoir un impact. »

 

Storytelling podcast – avec Camille, qui à 23 ans, a déjà changé plusieurs fois de métier. Désormais, elle bosse dans le sud de la France.

 

Les Divergents : Revenons à ta vie de jeune étudiante. Nous nous sommes arrêtés à ton bac S. Que fais-tu ensuite ?

– « J’avais fait un bac S, mais je n’avais pas l’ambition de poursuivre dans les voies scientifiques, ni dans le domaine de la santé. Je me suis orientée vers un DUT (Diplôme universitaire de technologie) GEA (Gestion des entreprises et des administrations). J’ai découvert de nouvelles matières comme le commerce, la comptabilité, le marketing. J’ai eu un déclic. J’ai su que j’étais vraiment dans la bonne voie. Comme j’étais dans une cité universitaire, j’ai pu rencontrer beaucoup de personnes.

 

J’ai découvert de nouvelles matières comme le commerce, la comptabilité, le marketing. J’ai eu un déclic.

 

J’ai décroché pour la 2e année universitaire un job étudiant auprès du Crous (organisme qui gère les résidences universitaires, NDLR). À l’époque, la maison des Compagnons du devoir se situait à proximité. Ils engageaient des étudiants pour des cours, par exemple en français, en mathématiques, en arts appliqués. Comme ils savaient que j’étudiais en GEA, ils m’ont proposé d’aider les candidats à la gestion d’entreprise dans le cadre du concours “Entreprendre pour apprendre”. En parallèle, j’ai pu faire un stage de fin d’études chez eux. »

Les Divergents : Tu termines tes études. Et ensuite, qu’est-ce qu’il se passe ?

– « Je voulais poursuivre vers une 3e année. J’avais le choix entre une licence générale et une licence professionnelle dans le management de projet innovant, où intervenait un professeur de mon DUT. L’innovation, c’est ce qui m’anime au quotidien. Je n’ai pas réfléchi trop longtemps. J’ai trouvé grâce à Viadeo, où j’ai posté des demandes de stage. J’ai pris des vents, des non merci. »

Les Divergents : Justement, les réseaux sociaux professionnels type Viadeo, on n’y pense pas forcément pour trouver un job. Peux-tu nous expliquer comment tu as procédé ?

– « J’avais une amie en DUT qui avait commencé à chercher sur Linkedin. Elle ajoutait plein de gens qu’elle ne connaissait pas. Je trouvais ça bizarre et je lui ai demandé pourquoi elle faisait ça. Elle a expliqué que, plus elle avait de personnes parmi ses contacts, plus elle avait de chances de toucher des personnes susceptibles de l’intéresser. Un peu comme un effet boule de neige. Je me suis dit, pourquoi pas moi ? J’expliquais dans mes demandes de contact ce que je faisais, et j’expliquais que je recherchais un stage. Je sélectionnais les entreprises qui m’intéressaient et qui pourraient être intéressées par mon profil. »

Les Divergents : Donc tu es acceptée par ton entreprise actuelle en stage. Et j’imagine qu’elle te demande de rester ?

– « En fait, je voulais poursuivre en master. Mais un poste s’est libéré dans mon entreprise. Je devais donc choisir. Est-ce que je continuais mes études ou je restais dans mon entreprise ? J’ai fait le 2e choix. »

Les Divergents : Et peux-tu nous dire ce qui t’a décidée ?

– « Au début, j’ai refusé la proposition. Je pensais que je n’étais pas prête, que je n’y arriverai pas. On m’avait toujours dit qu’il fallait un bac + 5 pour être consultante. Avec mon bac +3, je ne réussirai pas, etc. À l’époque, j’avais 21 ans. J’ai évalué de nouveau le pour et le contre.

 

Je connaissais une femme qui avait repris ses études à 38 ans et s’en était très bien sortie.

 

Je me suis dit : tu vas faire deux ans de plus d’études, pour un master qui est très proche de ma licence professionnelle. Je me suis dit que je n’aurai pas forcément plus de connaissances que ce que j’apprendrai sur le terrain. Également, je connaissais une femme qui avait repris ses études à 38 ans et s’en était très bien sortie. Je pourrai, si jamais, reprendre moi aussi mes études. »

Les Divergents : « Finalement, à 23 ans, tu as déjà plusieurs expériences professionnelles. Pourquoi tous ces changements ?

– « J’ai toujours eu besoin d’avancer. J’ai eu la bougeotte tous les 2-3 ans. Je veux prouver à mon entourage et à moi-même que je suis capable de faire des choses. »

Les Divergents : Qu’est-ce qui t’a le plus aidée pour y arriver ?

– « Dans mon entourage, on visait surtout la sécurité. Notamment, on me poussait à aller vers le bac +5. Je me suis dit non, je dois faire ce que veux vraiment, en fonction d’où je me vois dans 5 ans. J’ai aussi rencontré pas mal de personnes qui m’ont laissé ma chance. C’est grâce à ces personnes que j’en suis là actuellement, que j’ai acquis cet état d’esprit. Je pense que chacun a sa chance, chacun peut apporter sa petite pierre à l’édifice. Chacun peut faire ce qu’il veut dans la vie. »

Propos recueillis par Damien RICAUT
pour le podcast Les Divergents

 

PS : les histoires de Divergents vous inspirent ? Écoutez le storytelling en podcast de Maria Dion-Gokan, entrepreneuse éthique, qui a lâché son précédent job d’approvisionneur pour défendre une cause qui lui est chère.