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Jean-Pierre, de la logistique industrielle à l’humanitaire

« Je ne voulais pas qu’on m’impose
une voie toute tracée »

Histoire inspirante pour ce nouvel épisode des Divergents. Je vous propose une interview de Jean-Pierre Marigo, 54 ans, qui a fait carrière dans plusieurs ONG (Organisations non gouvernementales). Dont Médecins sans Frontières, où il a effectué le plus grande partie de sa vie professionnelle, comme chef de mission et coordinateur de projet. Cette semaine, c’est un récit réaliste sur une vie passée à aider les peuples en difficulté. Une histoire authentique et forte, pour vous inspirer vous aussi et, peut-être, vous inciter à suivre la voie de cet homme déterminé et généreux.

histoire inspirante - Jean Pierre nous raconte son travail dans une ONG
Histoire inspirante avec le témoignage de Jean-Pierre, ancien de Médecins sans frontières.

Le CV de Jean-Pierre Marigo (en bref)

  • Histoire inspirante de Jean-Pierre Marigo. Avant de travailler dans l’humanitaire, il a commencé comme assistant logistique (en 1985) puis gestionnaire de projet (Renault), et responsable logistique (Purritan Bennett).
  • Il débute dans l’humanitaire en 1996 comme coordinateur à Hôpital sans Frontière au Soudan.
  • Il effectue la plus grande partie de sa carrière dans les ONG au sein de Médecins sans Frontières, de 2004 à 2014, comme chef de mission – coordinateur de projet.
  • Il remplit sa dernière mission en 2014 pour ALIMA, au Mali, comme coordinateur de projet.

Récit de vie – extrait avec mon interview de Jean-Pierre Marigo (version écrite et résumée)

Les Divergents : Jean-Pierre, avant de travailler dans l’humanitaire, vous avez débuté votre carrière dans l’industrie (entre 1987 et 1995). Attardons-nous d’abord sur la première partie de votre vie professionnelle. Pourquoi ce choix de l’industrie et de la logistique ?

– Jean-Pierre Marigo : « Le début de carrière résulte d’un choix de filière au niveau du lycée. Je suis Breton, natif de Saint-Brieuc. J’ai fait toutes mes études en Bretagne, à Saint-Brieuc et Rennes. J’ai toujours été intéressé par le technique. J’ai opté pour l’ingénierie industrielle, en particulier la logistique et la gestion de projet. »

Les Divergents : Vous avez intégré le groupe Renault, une entreprise où généralement, on entre et on sort à la retraite. Vous décidez de quitter ce job pour aller vers une nouvelle voie. Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce choix ?

– « J’avais envie de faire ce que je souhaitais faire. Et non pas qu’on m’impose une voie toute tracée. Je voulais travailler dans l’humanitaire. Effectivement, chez Renault, j’aurais pu faire toute ma carrière. D’ailleurs, j’ai encore des collègues qui y sont toujours. Depuis mon adolescence, je voulais aider les autres. À l’époque, je voulais creuser des puits au Sahel ! 2e chose : je voulais voyager en dehors des sentiers battus.

Je n’ai eu aucune difficulté à démissionner et faire ce que j’avais envie de faire : l’humanitaire

Mais je suis rationnel. J’ai donc commencé ma carrière en cohérence avec mes études. Mais ma première idée restait ancrée dans ma tête. Plus tard, je n’ai eu aucune difficulté à démissionner et faire ce que j’avais envie de faire : l’humanitaire. J’ai envoyé des CV à toutes les organisations internationales françaises, qui n’ont pas abouti. Les ONG (Organisations non gouvernementales) commençaient à peine leur professionnalisation. J’ai compris qu’elles cherchaient des logisticiens. J’ai fait un petit break, en même temps que la chute du mur de Berlin et la fin de l’URSS. J’en ai profité pour voyager six mois dans les pays de l’Est.

Je faisais d’une pierre deux coups. J’ai finalement trouvé un travail dans l’industrie.

À mon retour, j’ai repris mes études pour faire de la logistique internationale. Je me suis inscrit à l’université de Tolbiac pour passer une licence en logistique internationale, c’était en 1993. Avec ce diplôme, je restais cohérent. Je pouvais continuer à chercher un travail dans l’industrie avec une plus-value, et j’avais un diplôme avec la compétence logistique pour les ONG. Je faisais d’une pierre deux coups. J’ai finalement trouvé un travail dans l’industrie. »

Jean-Pierre Marigo, un récit réaliste d’une vie à aider les peuples en guerre.

En 1995, après avoir de nouveau envoyé des CV, j’ai été pris dans une ONG. Les voies professionnelles sont impénétrables. Car j’ai été recruté par une ONG, non pas comme logisticien, mais comme administrateur ! C’était pour Hôpital sans Frontière, qui avait déjà un logisticien.

Les Divergents : Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est une ONG ?

– « Une ONG n’est ni une société privée, ni un organisme d’État. Les ONG dépendent de dons et de subventions. Leur but est non lucratif. Les ONG françaises ont le statut d’association. Pour l’essentiel, j’ai fait des missions pour Hôpital sans Frontière, ACTED, et mes dix dernières années pour Médecins sans Frontières, l’organisation pour laquelle je voulais vraiment travailler. Médecins sans Frontières a ce gros avantage d’avoir des fonds indépendants. C’est un atout pour la gouvernance et les opérations de MSF. »

Les Divergents : Dès le début, pour travailler dans l’humanitaire, vous êtes parti à l’étranger ?

– « Ma première mission était au Soudan du Sud, dans une ville en guerre, entourée de rebelles. Pour ce poste, il fallait gérer la mission (contrats, finances, ressources humaines). Il fallait aussi remettre en place le système de gestion des stocks de la pharmacie, ce qui était dans mes compétences. Je devais aussi réorganiser un système de recouvrement des coûts pour que les gens participent modestement au financement des médicaments pour que l’hôpital où nous étions, devienne le plus indépendant possible. »

Les Divergents : Vous avez travaillé dans de nombreux pays. Yémen, Irak, Haïti, République démocratique du Congo, Afghanistan, etc., ça a dû être un choc. Vous étiez sans expérience, un jeune Breton, qui part dans des pays en guerre. C’est vraiment une histoire inspirante… Comment avez-vous géré cette confrontation avec des situations parfois extrêmes ?

– « Au début, il y a une histoire de personnalité, c’est vrai. J’ai aussi fait un break de six mois dans les pays de l’Est. J’étais un bagpacker, comme on dit, avec mon sac sur le dos. D’accord, ce n’était pas des pays en guerre. Mais j’étais seul, il fallait bien se débrouiller. Manger, dormir, passer les frontières, s’adapter. J’avais ça en moi, la faculté d’adaptation.

On ne va pas aller se promener n’importe où

Quand je suis arrivé au sud Soudan, les choses se sont faites assez naturellement. Par ailleurs, quelles que soient les ONG, on est encadré. On n’agit plus en solo comme un bagpacker. On est avec une organisation. Il y a des systèmes de sécurité, de briefing, on est enregistré légalement. On ne va pas aller se promener n’importe où. Il faut respecter certaines règles de sécurité pour travailler dans l’humanitaire. »

Les Divergents : Avez-vous été formé pour faire face à ces confrontations avec des situations difficiles ?

– « Je n’ai pas été formé au départ de ma carrière dans l’humanitaire. Aujourd’hui, les candidats le sont plus. Au début, je pensais prendre suffisamment de distance avec ces environnements de guerre, de vie sinistrée, de pauvreté, de violence, d’injustice. C’était consciemment, pour me protéger. Comme je partais en mission six mois et que je retournais en France après, je pensais que je laissais tout ça derrière moi. Sauf que quand on fait ça quinze ans, il y a un phénomène de cumul. On cumule tous ces traumas. Et à un moment donné, ça ne passe plus. J’ai aussi vécu des incidents sécuritaires assez importants. Ce sont des chocs frontaux qu’il faut gérer. À un moment donné, ça ne passe plus, et il faut arrêter. »

Et en quelle année avez-vous arrêté Jean-Pierre ?

– « Voilà quatre ans. Depuis, j’entame une 3e reconversion. La décision de retour a été longue à prendre. Ma compagne se lançait dans un nouveau parcours. J’ai mis trois longues années à arrêter de faire des missions à l’étranger. Un retour compliqué pour savoir quoi faire… Heureusement, j’ai rencontré l’association Résonances Humanitaires qui m’a beaucoup aidé à faire un bilan de toutes ces années. J’ai tout mis à plat.

Je voulais toujours m’engager, mais plus localement

Après cette expérience de mon engagement pour autrui, je voulais toujours m’engager, mais plus localement. C’est apparu doucement, mais sûrement. Je voulais promouvoir l’alimentation bio, locale, en circuit court. Mettre en place des systèmes alternatifs à la grande distribution. J’ai commencé une reconversion depuis deux ans dans ce domaine. Une nouvelle reconversion à 54 ans. Mais plus compliquée cette fois, en raison de l’âge notamment. »

Envie de vivre une histoire inspirante ? N’hésitez pas à vous renseigner auprès des ONG

Les Divergents : Une histoire inspirante comme la vôtre, d’autres personnes peuvent être tentées de la copier. Quels conseils donneriez-vous à tous ces jeunes qui doivent faire des choix pour leur avenir. Notamment pour le bac, les études. On leur répète que ce sont des choix pour toute une vie. Que pouvez-vous leur dire ?

– « Je l’ai vécu à travers mes nièces assez récemment, ce fut le cas pour moi aussi. Il faut que les gens se détendent. Il faut qu’ils fassent vraiment ce qu’ils ont envie de faire. Au fur et à mesure, on mûrit, on se fait du réseau. De nouvelles opportunités apparaissent auxquelles on n’avait pas pensé. Il ne faut pas penser que la petite case est cochée à vie. Il faut se laisser libre d’aller où une nouvelle idée vous guide. Il faut avoir confiance en soi, en son enthousiasme, pour faire quelque chose. »

Et pour ceux qui voudraient travailler dans l’humanitaire, comment faire ? Les postes ne sont pas si nombreux…

– « Effectivement, j’ai mis longtemps moi-même pour être recruté la première fois. Pratiquement cinq ans. Le conseil que je donnerai est de rester patient, de suivre son idée. Les ONG prennent rarement des gens qui sortent des études. Il faut minimum deux ans de vie professionnelle dans une compétence. Et ce sont ses compétences professionnelles qu’il faut mettre en valeur.

On vous demandera évidemment vos motivations

On vous demandera évidemment vos motivations pour partir dans ce type d’environnements très spéciaux. J’ai vécu une forte détérioration de la sécurité à l’étranger. En plus de l’insécurité, il y a une promiscuité des équipes multiculturelles. Il faut savoir s’adapter et convaincre les recruteurs qu’on en est capable. »

Propos recueillis par Damien Ricaut
pour le podcast Les Divergents

PS : vous voulez écouter un nouveau podcast d’histoire de vie ? Écoutez le récit d’Aldric, qui avait un super poste de cadre en Suisse, mais a préféré ses convictions à son ancien train de vie.